Je suis métisse, un mélange de couleurs. Je suis métisse, je viens d’ici et d’ailleurs. Ode à Noah pour sa jolie introduction. Car voyez-vous aujourd’hui, je vous parle de ce qui, au yeux d’autrui, fait ma différence. J’ai une double culture. Mon père est sénégalais. Ma mère est libanaise et moi je suis un milk shake. Chers lecteurs, vous vous attendez sans doute à un sympathique et poétique laïus sur cet atout qui fait ma différence. Vous vous attendez à ce que je m’exprime sur les nombreux avantages de bénéficier d’une double culture. Vous vous attendez à voir apparaître sur votre écran les expressions suivantes : citoyenne du monde et ouverture d’esprit. Peut-être espérez-vous verser une petite larme à la lecture de mon billet. ERREUR. Car poétique n’est pas Caramel Mou. Je préfère Drago Malefoy à Harry Potter, Scar à Mufasa, Moriarty à Sherlock Holmes, l’opposition au régime en place et le côté obscur de la force à l’autre côté.

J’ai une double culture mais je ne suis pas un cliché.

Je ne me considère pas comme étant plus ouverte d’esprit qu’un autre. Tenez, par exemple, je suis allergique aux cons et je ne supporte pas les petits vieux qui me passent devant de manière impolie et sans demander. Ils m’horripilent. Ce n’est pas signe d’ouverture d’esprit. Par ailleurs, à écouter autrui, je suis censée être polyglotte et parler français, arabe, wolof et mandingue. Je parle français, anglais et espagnol parce qu’à l’école, j’ai tout appris (Maître Yoda, sors de ce corps). Je baragouine le reste. Pourquoi ? Par paresse intellectuelle et par complexe. Quand j’étais gamine, autrui se moquait de mon accent français (éducation française oblige, j’ai un accent français. Paradoxal ?). Depuis, j’ai honte de parler arabe. J’ai honte de parler wolof. J’ai honte de parler mandingue. Quand j’y pense, c’est trop la honte. Mais je comprends quand quelqu’un maîtrisant ces langues s’exprime devant moi. J’ai fait la moitié du chemin. 

J’ai une double nationalité. Béni soit le jour où je pourrai enfin prononcer ces mots. Figurez-vous que la femme libanaise ne transmet pas la nationalité à son enfant. Le Liban, un pays très ouvert mais archaïque sur plusieurs autres points. J’ai besoin d’un visa pour entrer chez moi. Alors qu’un jour je me plaignais au consulat du Liban, le cyborg (= employé travaillant dans l’administration) m’a rétorqué : « entrer au Liban est un privilège et non un droit« . Je me suis retenue de porter plainte pour outrage à Caramel Mou et non assistance à personne entrain de râler.

Plaît-il ? J’ai une grande capacité d’adaptation ? Je me sens étrangère partout à moins de remettre les pendules à l’heure. Au Sénégal : vous êtes américaine ? Vous êtes en vacances ? Au Liban : vous êtes française ? Vous êtes en vacances ? A l’aéroport, quand j’étais gamine (à ma mère) : c’est votre fille ? Vous l’avez adoptée ? Non ? Vraiment ? Prouvez-le. Oui, on la soupçonnait de contribuer au trafic d’enfants.  FFFFFF. Bon, il est vrai que j’ai un visage assez énigmatique qui dissimule mes origines. Alors souvent, je m’en amuse : Yeaaaaah, I come from South Africa. Yeaaaaah, my name is Brenda and I come from L.A. Yeaaah man ! I come from Kingston Jamaïca. Si, claro yo soy de San Andrés. C’est rigolo et ça fait passer le temps. Et puis j’ai l’impression d’être Mata Hari. 

En bonus, quelques moment de vie ! En soirée, au moment où le DJ passe un soupçon de musique orientale ou africaine : allez Caramel Mou, ça vient de chez toi ça (shake, shake). Fais ressortir tes origines un peu, ça se danse comment ? FFFFF. « Je ne sais pas, j’écoute du reggae la plupart du temps. Tu as du me confondre avec Shakira ». Mouh, espèce de fausse libanaise (ou africaine) va ! Chez le coiffeur (j’ai les cheveux de Michael Jackson gamin) : vous devriez vraiment vous défriser les cheveux, mademoiselle. C’est pénible. Moi : non, je n’ai pas envie de répondre au cliché de la jeune fille aux cheveux afro qui se défrise, c’est un crime ? »  Au cours de plusieurs entretiens (florilège) : vous avez une double culture, intéressant ! Parlez-moi de la coopération entre la France et le Sénégal. Vous passez plus de temps avec les Noirs ou avec les Blancs ? Que pensez-vous de l’interdiction du pape au sujet de l’usage des préservatifs ? Pouvez-vous faire un lien avec la situation sanitaire en Afrique ? Vous sentez -vous plus sénégalaise ou libanaise ? Mais si. vous devez obligatoirement avoir une préférence. 

No Comment !

Ne vous y trompez pas. Je suis très fière de mes origines et très fière de mon identité. Je suis conciente qu’être biculturelle est un atout. Je le vis au quotidien. C’est pour cela que j’ai préféré prendre le contre-pied des aspects positifs parce que ce sont des faits auxquels autrui ne pense jamais. La vie est un nuancier. J’aime les nuances. 

 

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Anzya91